La violence conjugale

Yannick Calendreau
20 mai 2021

Au moment où j’écris cet article, 7 femmes ont été tuées par un conjoint ou un ex-conjoint au Québec depuis 7 mois.

Nombre de femmes tuées par leur conjoint en France en 2019, 146. En 2020, 90 (Journal le monde).

Cela est absolument intolérable, révoltant, insupportable, et j’en passe.

J’ai honte d’être un homme quand je vois ce que les hommes font subir aux femmes.

J’ai moi-même subi dans mon enfance de la violence. Violence physique et psychologique. À cause de mon poids, de ma sensibilité, du statut de mes parents, de mon statut dans la fratrie, de la couleur de ma peau.

La violence conjugale est tout simplement une atrocité qui devrait avoir disparu.

Cependant, elle est toujours là et en augmentation

Depuis 2015, le nombre d’accusations criminelles devant les tribunaux de la province est passé de 11 476 dossiers à 16 676 en 2020, soit 45,31 % de plus, selon des données du ministère de la Justice obtenues par Le Journal.  

Cela regroupe notamment des chefs de harcèlement, de menaces, d’agression sexuelle, d’homicide, de voies de faits déposés dans un contexte de violence conjugale.

Certains palais de justice enregistrent des hausses considérables, comme à Joliette, par exemple, où le nombre d’accusations a augmenté de 612,5 % en cinq ans, ou encore à Granby (+216,47 %), à Saint-Joseph-de-Beauce (+150 %) et à Salaberry-de-Valleyfield (+162,43 %) pour ces mêmes périodes.

Source : Le Journal de Montréal.

Les origines de la violence conjugale

Selon moi, la violence conjugale a plusieurs origines. Tout d’abord l’incapacité de certaines personnes à contrôler leur colère. La colère est une émotion puissante et créatrice quand elle est contrôlée. Hors contrôle, elle est destructrice.

Quand on est en colère et que la seule réponse que l’on a c’est la violence, c’est souvent parce qu’on ne sait pas quels mots mettre sur ce qu’on ressent.

Il m’est arrivé dans mon bureau de rencontrer des hommes qui pouvaient avoir des gestes violents. Souvent, je me rends compte que c’est parce qu’ils ne savent pas gérer leur frustration, ils ne se sentent pas entendus et compris et surtout, ils ne savent pas exprimer l’immense souffrance derrière la colère.

Je me souviens moi-même avoir eu un geste violent pendant mon adolescence envers ma petite sœur alors âgée de 12 ans. Mes parents étaient absents un soir et ils m’ont demandé de surveiller ma sœur pour qu’elle ne sorte pas. J’avais 17.

Je viens d’une fratrie où il y avait beaucoup de compétition entre nous et des actes de violence réguliers. À peine mes parents partis que ma petite sœur m’annonce qu’elle a décidé de sortir. Elle était dans une période rebelle et rejetait toute autorité. J’ai aussi appris des années plus tard qu’elle était en grande souffrance psychologique à ce moment-là. Mes parents m’ayant confié sa garde et désireux de répondre à leur attente, je lui interdis de sortir. Elle se fâche, crie contre moi, m’insulte, me traite de tous les noms, me pousse, me bouscule, essaie d’ouvrir la porte. Je fais barrage avec mon corps, mais je sens en moi la colère monter et j’ai fini par craquer.  Je l’ai attrapée par le cou, jetée dans un fauteuil et tenté de l’étrangler en criant : « Je vais te tuer ! ». En écrivant ces mots, je suis profondément touché et j’ai honte de mon comportement. Heureusement pour moi, ma sœur et moi avons parlé bien des années plus tard de cet incident et elle a su me pardonner. Nous avons aujourd’hui une belle relation.  

Cependant, je me souviens très bien de ce moment où j’ai perdu le contrôle. Je sentais la colère physiquement, le harcèlement de ma sœur, les insultes, les bousculades. J’étais hors de moi. Je me suis arrêté quant au moment où je tenais son cou entre mes mains, j’ai vu dans son regard la peur, celle de mourir. Je l’ai lâché, en me rendant compte que j’étais allé trop loin. Je me suis fait peur ce jour-là, très peur. J’ai eu peur de la colère et de la violence latente qui m’habitaient.  Après cet incident, je n’ai plus jamais eu de gestes violents envers qui que ce soit. J’ai eu beaucoup de chance, car j’ai pris conscience ce jour-là de la limite que j’avais franchie.  Ça n’est pas le cas de tout le monde.

C’est donc la colère non gérée qui est responsable de la violence, et la violence conjugale. Il faut apprendre aux enfants dès leur plus jeune âge à gérer leur colère, à l’exprimer avec autre chose que de la violence physique, mais plutôt avec des mots. Il faut savoir également exprimer les ressentis derrière la colère, comme la frustration, le sentiment de ne pas être entendu, ne pas être compris. Il faut leur apprendre à prendre soin de leurs besoins fondamentaux d’être aimé, sécurisé, entendu et reconnu. Quand on sait prendre soin de ses besoins, on est satisfait et heureux. Quand on ne sait même pas qu’on a ces besoins-là, la route est longue avant d’en prendre conscience.

Une question de confiance en soi

C’est également une question de confiance en soi. En effet, les déclencheurs de la colère sont moins fort quand on a confiance en soi, on se sent moins menacé, jugé, humilié quand on a confiance en soi.

Il en est de même pour ceux qui subissent la violence conjugale. Leur niveau de confiance en soi peuvent les aider à mieux gérer ce genre de situation.

En effet, si j’ai confiance en moi, d’abord je vais immédiatement et, dès les premiers signes, rejeter une relation où il peut y avoir potentiellement de la violence. Dès que je perçois un geste, une attitude, un commentaire qui pourrait laisser entendre que mon conjoint pourrait être violent, je quitte immédiatement la relation ou je vais chercher du soutien.  

Je sais que ça n’est pas toujours facile, surtout si je me trouve dans une situation matérielle instable et insécurisante.

Il faut aider les individus à prendre soin d’eux et rejeter tout geste violent. Il faut aider à prendre conscience de ce qu’est un geste violent, car souvent, si nous avons subi ce genre de comportement pendant des années, il peut devenir difficile de se rendre compte qu’on est en train de subir un tel geste. J’ai déjà entendu « Ha bon, il n’a pas le droit de me mettre une claque quand il est fâché ? Pourtant, c’est ce que faisait mon père. Ça n’est pas normal ? »

On doit apprendre aux jeunes filles que toute violence, qu’elle soit verbale ou physique est absolument inacceptable et condamnable. Il n’y a pas de demi-mesure. Une claque, une bousculade n’est jamais, jamais méritée. Qu’on se le dise.

Il faut également lutter contre la culture de genre. Arrêter de traiter les femmes comme des pauvres personnes faibles et nécessitant d’être protégées. Croyez-vous que dans la nature une femelle se laisserait tabasser par un mâle? Avez-vous déjà vu une lionne se laisser faire quand un lion a décidé de l’agresser ? Non ! Elle sort ses crocs et ses griffes de la même façon, car personne ne lui a dit pendant des années qu’elle était fragile et nécessitait d’être assistée. Elle sait qu’elle a les mêmes moyens de défense qu’un mâle.

Nous sommes tous responsables de la violence conjugale quand on continue à stigmatiser les femmes comme des êtres faibles et sans défense.

Enfin, il faut permettre à toute personne qui se sent menacée d’en parler et de se sentir entendue. Bien souvent, on a peur de dénoncer un bourreau par peur de représailles ou de ne pas être cru.

Bref, des solutions il y en a. Mobilisons-nous tous pour lutter contre la violence conjugale.

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